Le titre 2014 fêtera bientôt ses 7 ans d’existence… Une année 2014, où à la surprise générale, les juniors français sont allés chercher le premier titre mondial de l’histoire du roller hockey français.

3 ans plus tard, le collectif France réalise un autre exploit, celui de la double couronne, junior et sénior, raflant au passage le premier titre sénior de son histoire.

À cette occasion, deux des juniors 2014 sont devenus double champion du monde. Un statut inédit !

Marius Godano devient double champion du monde junior.

Clément Bélot devient champion du monde junior ET senior, le seul à avoir remporté ces deux mondiaux.

Malgré le calibre de ces joueurs et leur notoriété dans l’horizon du hockey français, ils accueillent cet accomplissement avec pragmatisme et humilité.

« En vrai, dans la vie de tous les jours, je n’y pense pas, nous dit Marius. Mais j’ai le souvenir que Clément m’avait envoyé un message pour souligner qu’on était les seuls doubles titrés.» De son côté, Clément se souvient s’être vite rendu compte de l’exploit, en constatant que cette année-là, il était le seul junior de la génération 2014 à être présent. « J’ai la chance d’avoir été dans la bonne année et tu te rends vite compte que tu es le seul junior dans cette équipe. »

Ce double titre fait partie de leur parcours.

 

Toulouse sans égal

Les deux joueurs ont grandi ensemble à travers les différentes phases finales des championnats de France (l’un pour Nice, l’autre à Tours) et camps d’été avant de se retrouver dans cette équipe junior 2014, qui n’était pas forcément favorite à l’époque. Aucun n’avait en tête d’écrire l’histoire du sport, mais ils partageaient cette envie farouche d’aller loin avec l’Equipe de France.

« On est arrivé avec une équipe jeune et avec seulement 4 anciens des mondiaux juniors d’Anaheim 2013. Aux États-Unis, on avait une grosse équipe et on n’avait pas forcément réussi à concrétiser… On ne nous attendait pas et je pense que c’est peut-être pour ça qu’on a surpris tout le monde », explique Clément.

Pour Marius, qui jouait son premier mondial, ce fut un peu différent. Venu engranger de l’expérience, il n’avait pas en tête de perdre, mais savait très bien que ça allait être difficile. « Je ne suis pas arrivé en me disant qu’on allait perdre, mais c’est vrai que quand tu joues contre la République Tchèque, ce n’est pas la même sensation que pour d’autres nations. »

Quand les deux frères d’armes se remémorent cette semaine unique, la discussion fuse et chacun se rappelle des moments d’émotions passés après la victoire contre les canadiens.

« On a pleuré, c’est sûr, tu ne peux pas ne pas être ému par l’aventure passée ensemble. Tu as un relâchement de pression qui arrive d’un coup… Le titre 2014, il y avait la famille, c’était à la maison. Et on jouait avec les copains d’enfance avec qui j’ai toujours joué avec ou contre, que ce soit Marius, ou les joueurs de Villeneuve ou d’Anglet. On avait un collectif extraordinaire. Le vécu qu’on a eu cette semaine a été incroyable. », raconte Clément avec émotion.  

En écoutant Clément parler, on se demande : est-ce que ce n’était pas le plus beau jour de leur vie ?

Une question à laquelle Marius répond de façon très intéressante. Avant de gagner en finale contre les canadiens sur le score de 6-4, les juniors ont dû battre en demi-finale la République Tchèque quintuple championne du monde.

« C’est sûr que c’était une journée de fou, mais tu vois Clém, je ne sais pas si c’est la finale ou la demie, le plus beau jour de ma vie, rétorque Marius. Je pense vraiment que c’est la demi-finale. Le fait de battre les tchèques c’était encore plus beau. » Avant que Clément ne réponde : « c’est sûr que la demie, c’est clairement le plus beau match de ma vie émotionnellement. Le plus beau moment sportif de ma carrière. » 

Et lorsqu’on rappelle que Clément est l’auteur du troisième et quatrième but, on a le droit à des confidences des deux joueurs qui se souviennent avec humour d’un but qui fait encore l’objet d’un gentil litige entre les deux.

« Je ne sais pas pour le 4, ça a toujours été un litige entre Marius et moi… », raconte en rigolant Clément avant que Marius ne réponde, « Il y a eu une petite déviation sur les jambes, mais je lui laisse le but volontiers. »

Clément poursuit en détaillant cette demi-finale complètement folle.

« En fait, tout le match a été fou. C’est un exploit du début jusqu’à la fin. Aucun des buts n’a de sens. Rien n’était construit et normal dans ce match. Le premier, on met une lucarne au bout de dix secondes de jeu. Le second, Marius met un poignet de la médiane en se retournant à moitié pour aller changer. Moi, je mets un but de la ligne de but. C’est un tir que j’ai tenté 600 fois en entraînement sans jamais le réussir et là, je le mets dans le match. Première fois aussi que je mets un but à 5 contre 4 et en plus, sans que ce soit le bon power play. En prolongation on marque, alors que la cage avait bougé… Tellement fou. Le but de la victoire est trop bizarre. 99% des arbitres auraient sifflé et là ils ont laissé… et le palet dépasse la ligne, on ne sait même pas comment. »

Puis Marius, revient avec humour sur le but à 5 contre 4. « Sur le power play, je me souviens que Clément était avec nous, alors que notre unité n’avait presque joué aucun jeu de puissance. »

 

Nanjing et son lot d’émotions

Si 2014 reste le titre avec le plus d’émotions, 2017 a son lot de petites histoires et notamment pour Marius, qui aura eu la chance de vivre 4 championnats du monde junior couronnés de deux médailles d’or et d’une médaille d’argent.

« Il y avait beaucoup d’émotions cette année, parce que je savais que c’était la fin de mon parcours junior. Et puis personnellement, Nanjing a été plus dur. À Toulouse, c’était ma première année junior. Chaque palet, c’était du bonus et je ne me posais pas de questions. Nanjing les conditions de jeu étaient plus dur. Déjà, tu as le voyage jusqu’en Chine, et je pense que l’équipe était moins physique qu’en 2014. Je me souviens particulièrement de la demi-finale contre l’Italie. On a fait une prolongation, où on a subi tout le long. On n’a pas touché le palet, on n’a pas gagné une mise en jeu… En y repensant, c’était autant un miracle que la demi-finale contre les tchèques. On avait tellement subi ce jour-là. »

Du côté du niçois, en se rappelant l’épopée chinoise, Clément reconnaît le fait d’avoir été dans la bonne équipe au bon moment. « Jouer une finale de mondial en sénior dès ta première sélection, c’est une chance. »

 

« Je ne compare pas trop les deux parce qu’ils restent différents avec un contexte différent pour chacun. À Nanjing, j’étais le nouveau, je n’ai pas beaucoup joué, alors qu’en comparaison à Toulouse, je faisais tout, explique Clément, avant de continuer sur le plan physique, l’intensité n’est pas la même aussi et notamment sur le plan physique. En sénior, même si tu joues des petites nations, tu as des joueurs physiques, qui vont aller mettre des coups. D’un point de vue intensité et physique junior et sénior, tu ne peux pas comparer. »

 

Clément continue ensuite en parlant de l’Italie.

« En plus en sénior, il y a une vraie rivalité avec l’Italie et ça se sentait pendant la finale. Tu affrontes l’Italie qui est parvenu à éliminer la République Tchèque. Ils étaient clairement en confiance. On a fait un bon match, mais c’était vraiment tendu. On sentait le poids de cette rivalité, raconte Clément avant de discuter de la République Tchèque. Avec les tchèques, il y a une rivalité, mais ce n’est pas pareil. On les connaît, ils jouent pour la plupart en France, et sur le papier, tu sais qu’ils sont meilleurs, alors qu’avec l’Italie, sur le papier, ça se vaut. »

 

Impressionné par ses coéquipiers

Au souvenir de ces titres incroyables et d’une conversation passionnante, on a souhaité leur demander le ou les joueurs qui les ont le plus marqué pour chaque édition.

Pour 2017, Marius n’hésite pas une seule seconde avant de sortir le nom d’Enzo Renou, le prodige caennais. « Il nous a portés sur son dos pendant tout le mondial. », alors que pour 2014, après réflexions, il pense à une ligne entière. « En 2014, c’était la ligne entière des niçois. Clément, Yves Perrot, Louis Duchateau, les 4 ont été violents. Hugo Vitou c’était pétard sur pétard. » Alors que Clément pense de suite à Jérémy Lapresa. Le capitaine grenoblois jouait son dernier mondial cette année-là.

« Lapresa était constant sur le terrain, dans son implication dans la vie de groupe. C’est vraiment lui qui à mes yeux sortait du lot. Après, pour Toulouse c’est Yves Perrot. J’ai toujours joué avec lui depuis la catégorie poussin. Au fond de moi, je savais que si je lui faisais une passe, c’était un but derrière. »

 

Double champion du monde, mais toujours les mêmes au fond

7 ans après un titre historique, et bientôt 4 ans depuis leur dernier titre mondial, les deux athlètes n’ont pas tant changé que ça à l’exception de leur niveau de jeu… Ceux qui les connaissent bien, savent très bien que ce sont encore les deux mêmes passionnés qui sont allés chercher la consécration devant amis et famille.

« On a eu la chance que Toulouse ait servi pour la promotion du roller hockey français. Après le titre, les gens nous connaissaient. C’était agréable, parce que toutes les catégories nous connaissaient. On venait nous parler et nous féliciter du titre. En plus, c’est arrivé l’année avant le saut en sénior en N1. On sentait que les gens nous craignaient un peu plus. Ça nous a clairement permis de prendre confiance en soi. » finit Clément.

Marius finit avec une vision posée et mature. « Si ça m’a aidé au niveau de la confiance et pour le passage sénior, ça reste deux titres juniors. Ça ne m’a pas réellement changé en tant que personne. Ça m’a tout de même apporté plus de confiance en moi. »

Avec les mondiaux en Colombie qui se profilent en août et septembre, les deux compagnons de 2014, pourraient se retrouver 7 ans après, et de nouveau avec le maillot tricolore sur le dos.

 

Crédits photo: Focale 8 et Worldinlinehockey