Les métiers liés au roller ne manquent pas … et les personnes qui gagnent leur vie grâce à leur passion ont en général plusieurs casquettes : moniteur, organisateur d’événement, il vaut mieux être polyvalent ! Rencontre avec Thomas Dauvergne, organisateur du marathon roller de Dijon et professionnel du roller…

Bonjour Thomas, peux-tu te présenter ?

Je suis marié, j’ai 40 ans, j’ai deux enfants de 5 et 2 ans. Je vis à Dijon. Je suis passionné de sport en général, de compétition et de haut-niveau. Plutôt les sports à dominante technique et énergétique comme le roller de vitesse bien sûr, mais aussi le vélo, le VTT, la course à pied… et de tout ce qui touche de près ou de loin à la montagne.

thomas_dauvergne-200x300Je pratique le roller depuis 1987. A l’époque, on faisait des raids ou du roller street en ville. Puis est venue la création du 1er club à Dijon en 1993, on était 5 sur le parking du Palais des Sports. Et 450 deux ans plus tard…

Issue d’une région inconnue ou presque pour la Fédération de l’époque, j’ai découvert la compétition qu’en 1994. C’était à Lyon et ce fut pour moi un électrochoc. Après plusieurs années d’études commerciales ou économiques, j’avais trouvé et je savais ce que je voulais faire. Entre temps, j’avais commencé à entrainer avec le club à Dijon. Il avait grandement besoin d’aide au vu du nombre de pratiquants. Naturellement il a fallu passer les diplômes et se former. Je suis devenu entraineur professionnel en 1997.

Quel diplômes roller as-tu passés ?

Le BIF, Le BEF, le BEES 1 et BEES 2 ; la totale.

Quelle est ton statut professionnel ?

Je suis travailleur indépendant. Gérant d’une SARL à 1 associé (EURL)

– Quels sont tes principaux clients ?

  • Le club AM Sports Dijon
  • La Ligue de Bourgogne de Roller Sports (qui gère le Pôle Espoir)
  • La FFRS…
  • …et quelques autres (UFR Staps, CREPS Dijon…)

Comment as-tu trouvé ces clients ?

thomas_dauvergneJ’ai créé avec quelques personnes de mon entourage, le club AM Sports en 2000 pour l’organisation du Roller Marathon de Dijon, je ne pouvais pas l’organiser en mon nom propre. C’était le comité d’organisation de l’évènement. AM Sports est devenu un club de roller en 2002. Ce qu’il est avant tout aujourd’hui avec plus de 250 licenciés et 5 disciplines. J’ai été directeur, salarié du club pendant 8 ans, et depuis 2008 le conseiller technique.

J’ai créé le Centre Régional d’Entrainement et de Formation (CREF Bourgogne) en 2009 dans le but de faire progresser et fidéliser nos meilleurs patineurs. Le CREF, en tant que structure d’entrainement régionale, a été placé sous la tutelle de la Ligue de Bourgogne qui gère ses finances. Il est devenu un Pôle Espoir en septembre 2014 sous l’impulsion de la Direction Technique Nationale.

Grâce à mon expérience et mon statut plutôt libre, la Fédération me propose régulièrement des missions d’interventions diverses comme des formations, l’organisation d’animations ou la création de supports pédagogiques ; je gère par exemple les animations ERF sur les Coupes de France Marathon.

Quel type de contrat de travail as-tu ?

Je travaille avec des conventions d’interventions ponctuelles, annuelles ou des simples devis.

Combien d’heures rémunérées faits-tu par semaine ?

Joker ! Qu’est-ce qu’une heure rémunérée ? Celle qui est facturée sur une intervention ou celle qui sert de préparation en amont ? Les deux sont nécessaires.

En France et dans le sport, nous avons un réel problème avec ça. Beaucoup ne voient pas le travail global nécessaire et du coup qui n’est pas forcément facturé ou rémunéré… pour préparer une semaine de stage ou d’entrainement par exemple. C’est d’autant plus vrai pour les travailleurs indépendants.

Mais sinon, je n’ai pas de semaine type. Je travaille en fonction de ce que j’ai à faire. Et une bonne planification des tâches me permet aujourd’hui de relativement équilibrer les semaines qui varient entre 45 et 50 heures. Mais cela peut monter à 65 ou 70 heures selon les week-ends.

A ce sujet, j’essaye de ne pas dépasser plus de deux week-ends d’interventions par mois pour rester un peu à la maison. Mais entre les formations, les compétitions ou les stages, c’est loin d’être simple. Je dois malheureusement souvent faire des choix. Enfin c’est quand même mieux que ce soit dans ce sens.

thomas_dauvergne_profil_ligne_depart (1)Quelle est le mode de financement du club pour pouvoir te rémunérer ?

Les subventions, les ressources propres, les partenaires, les organisations d’événements aussi petits soient-ils… Toutes les sources de financement et les idées sont exploitées. Cela fait d’ailleurs partie de mon travail.

Est-ce ton activité principale ?

L’entrainement et notamment le pôle, et la gestion de projets représentent le plus gros de mon travail aujourd’hui.

Quelles sont les tâches qui te sont confiées ?

Les tâches sont très variées : cela va de l’entrainement au sens large (intervention, planification, conseil…), la coordination des activités du pôle ou du club, la recherche de moyens de financements des structures qui m’emploient, les relations avec les partenaires ou la création de support de communication comme les affiches ou des montages vidéo. Il y a une part également d’administratif et de gestion budgétaire. Mais ça m’arrive aussi de faire du bricolage, de la manutention, de la logistique, de l’organisation de voyages… C’est vraiment multitâches !

Qu’est-ce qui te plait le plus dans ce métier ?

J’adore mon métier : les rencontres, les compétitions, les défis à relever, les problèmes à résoudre, les nouvelles idées à développer, la recherche de nouvelles techniques… Mais avant tout je pense que c’est enseigner et transmettre qui me plait le plus.

La variété des champs d’actions est aussi très rafraichissante. On s’en amuse beaucoup avec certains collègues.

Enfin sur la forme je pense que j’aime avoir une certaine liberté d’action pour organiser ou développer mon activité. Bien évidemment je dois rendre des comptes à mes « clients ». Mais aujourd’hui je crois pouvoir dire qu’ils me font confiance. Nous travaillons sereinement et surtout efficacement comme ça.

Comment envisages-tu ton avenir professionnel ?

Je ne pourrais pas faire ce métier « par habitude ». Je fais en sorte que mon activité évolue sans cesse depuis près de 20 ans, ce qui est très motivant et sans doute vital pour moi. Mais le plus important, à mon sens est de toujours avoir des objectifs à accomplir. C’est toujours ce qui m’a poussé à avancer et ce qui continue de le faire.

Quelles ont été les principales difficultés que tu as rencontrées pour travailler dans le roller ?

Les recherches de financements restent le nerf de la guerre. Il faut sans cesse se renouveler, trouver des nouvelles idées, négocier, démarcher… C’est sans doute la partie la plus difficile.

Mais le problème n’est pas de trouver l’argent. Il existe. L’obstacle est souvent un problème de crédibilité face à la concurrence des autres sports ou événements. Ou bien simplement parfois d’arriver à gagner la confiance de nos interlocuteurs.

Comment les as-tu surmontées ?

Je suis d’un naturel plutôt positif. Les défis ne m’ont jamais fait peur. Au contraire. Ce qui marche pour les uns, doit forcément pouvoir marcher pour nous.

Mais la 1ère méthode c’est surtout de se relever les manches ! De savoir s’entourer de personnes compétentes et motivées. De faire son travail de façon consciencieuse et méthodique, toujours avec passion tout en gardant le petit grain de folie essentiel.

Donc à partir de là, je continue d’avancer. Parfois on se casse les dents, mais ça fait partie du jeu. Combien de course faut-il savoir perdre avant de pouvoir la gagner ?

Que conseillerais-tu à une personne qui souhaite se professionnaliser dans le monde du roller ?

Aujourd’hui les aides à l’emploi peuvent permettre à un club de financer des postes assez facilement. Cela peut-être une bonne base de départ. Mais je pense qu’il ne faut pas avoir peur de « créer son activité ». Il faut un minimum « d’esprit d’entreprise » pour vivre et surtout pérenniser son activité, soit en tant que salarié soit en tant que travailleur indépendant. Souvent le problème de certains professionnels dans le milieu du sport que je rencontre, est qu’ils attendent trop des élus pour faire.

Enfin, il ne faut pas hésiter à explorer tous les champs d’activités et interventions possibles pour varier ses sources de revenus.

Tribune libre : si tu souhaites ajouter quelque chose qui te tient à cœur.

Faites du roller !