« Ma carrière s’est finie comme dans un rêve ! »

Pour décrire son patinage, on a souvent fait allusion à un félidé. Il est vrai que son jeu de jambes, d’une souplesse, d’une rapidité et d’une précision incroyables, font penser à un chasseur pistant sa proie. Nous retiendrons surtout l’exceptionnelle efficacité de l’athlète, dont les proies symboliques ont été des titres et des médailles. Nicolas Pelloquin vient de tirer sa révérence. Evidemment, ce ne pouvait être qu’avec élégance. Il a dit « au revoir » au sport de haut niveau sur le podium du championnat du monde, à Rosario, en novembre dernier, avec le maillot arc-en-ciel sur les épaules ! Dans cette interview, le Vendéen de Mouilleron-le-Captif revient sur son exceptionnelle carrière.

Bonjour Nicolas. On a dû te poser cent fois la question… Peut-on rêver mieux que de quitter le sport de haut niveau sur un titre de champion du monde ?

Comme je l’ai dit à beaucoup de monde, cette fin de carrière s’est finie comme dans un rêve. On a tellement couru après ce titre depuis que je suis en équipe de France Senior que terminer par le maillot arc-en-ciel avec des amis, que pouvais-je espérer mieux ! Avant la finale, nous étions très concentrés malgré les enchainements de courses pour mes deux compères, et nous savions ce que nous avions à faire. La série s’était très bien passée malgré des sensations plutôt étranges. Pour la finale, la tactique était claire : contrôler un maximum la course sans pour autant perdre de forces inutilement. Sur la ligne de départ, la tension était palpable. J’ai décidé de prendre les reines afin d’avoir le maximum de visibilité pour les premiers relais et aussi pour faire voir aux autres équipes que nous allions prendre nos responsabilités. La course s’est parfaitement déroulée : nous sommes restés première ou deuxième équipe tout le relais pour passer la ligne en première position. Le bonheur que j’ai ressenti à ce moment là est compliqué à décrire. Je dirais que c’est un mélange d’euphorie, de joie et les nerfs qui retombent. La joie était très intense et je crois que je n’en avais jamais connu de pareille dans toute ma carrière. Gagner ce titre tout en sachant que c’était ma dernière chance, et en plus gagner avec des amis, que demander de mieux ? Après, quand tout cela est retombé, j’ai eu une grosse pensée pour mon meilleur ami disparu un an plutôt.

Dans quel état d’esprit as-tu abordé ces championnats du monde de Rosario, sachant que ce devait être les derniers de ta carrière ?

C’est vrai que la saison a été longue mais avec ma coach Chrystelle Bouchet, on avait tout mis en place pour être au top au championnat du Monde, étant donné que c’était le dernier. L’inconvénient de cette préparation est d’avoir un objectif aussi tardif, tout en sachant que la grosse partie de saison a été compliquée à gérer, avec des résultats nationaux décevants. Avec ce genre de résultats, le doute s’installe… Mais le fait d’avoir correctement passé le rendez-vous des championnats d’Europe m’a permis de me relancer. La préparation a été très intense durant les derniers mois avant Rosario, avec deux séances par jour, des stages sur la piste de Rennes et un déplacement en Espagne. Pour préparer cette échéance aussi tardive, j’ai eu la chance d’avoir le soutien de la fédération et de la ligue des Pays-de-la-Loire avec la mise en place d’une CIP. Cela m’a permis de ne pas travailler et de penser qu’au championnat du monde. J’ai pu enchainer les périodes d’entraînement et de repos. Je suis donc arrivé sur place avec ma meilleure préparation depuis longtemps, ce qui m’a permis d’éviter toute pression particulière. Avec l’expérience des championnats passés, j’avais décidé d’utiliser un type de roue bien précis donc d’éviter les questions et les tests de roue d’avant championnat.

« Nous avons fêté le titre lors de la cérémonie de clôture… »

Comment as-tu fêté ce titre ?

J’ai fêté ce titre avec mes amis de l’équipe de France lors de la cérémonie de clôture, car le soir même, il a fallu savourer mais garder la tête au championnat – nous en étions seulement à la moitié ! En rentrant en France, j’ai eu la chance d’être accueilli par quelques supporters, ce qui a été très agréable. Après, j’ai fêté ça avec mes amis et j’ai eu la chance d’avoir une réception surprise organisée par mon Club.

Tu fais partie des patineurs les plus titrés de ta génération, sur la scène nationale et internationale…

Je fais partie des patineurs les plus titrés de ma génération car je suis aussi un des seul à avoir continué après les années Junior. Après avoir fait mes deux années Cadet, qui étaient à l’époque les années Junior, en tant que coureur de fond ou de demi-fond, j’ai ensuite fait mes débuts Senior à l’âge de 18 ans. C’est à ce moment que j’ai pris la décision de me spécialiser dans le sprint puisque ce changement correspond aussi à mon entrée dans les études supérieures, avec donc moins de temps à consacrer aux entrainements. A la suite de cette décision, j’ai décidé de quitter le Pôle roller de Nantes à cause de complications, pour m’entraîner de mon côté avec ma coach. Chrystelle ayant aussi quitté le cadre fédéral, elle a continué à s’occuper de ma préparation. J’ai eu la chance de l’avoir à mes côtés depuis l’âge de 13 ans, soit 14 saisons au plus haut niveau. Tous mes plans d’entraînement étaient élaborés conjointement, en incluant les compétitions nationales ou internationales. La difficulté par rapport à d’autres athlètes, c’est qu’en plus de ma carrière sportive, j’ai décidé de travailler comme la plupart des gens. Ce n’était donc pas facile de pouvoir s’entraîner correctement, se déplacer aux courses et de bien récupérer. Pour conclure, je pense que j’ai eu la chance d’être bien entouré (famille, amis, coach, collègues…) et de bien me persévérer pour pouvoir arriver à mes fins.

« J’avais pensé arrêter fin 2013… »

Quels sont tes meilleurs souvenirs ?

Sur la scène nationale, je crois que mes deux titres de champion de France à la maison [NDLR à Mouilleron-le-Captif] ont été très importants pour moi. J’y avais déjà fait un championnat de France en 2009 et je n’avais pas réussi à gagner une médaille. Sur le plan international, je crois que ce dernier titre a été le plus intense. Je n’avais jamais ressenti une joie pareille depuis que je participais à des championnats d’Europe ou du monde. Cela se justifie car c’était mon dernier championnat du monde, mais aussi parce que j’avais déjà pensé à arrêter un an plus tôt… J’ai voulu faire cette saison supplémentaire à la suite de la perte de mon ami, pour lui faire honneur. Après, je crois que ma première médaille mondiale en 2008 et mon titre individuel à l’Europe 2010 font aussi partie des très bons souvenirs que je garderai. Au-delà du côté sportif, il y a aussi de superbes souvenirs avec les voyages et les moments vécus avec mes amis.

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Sur la plus haute marche du podium
Championnat d’Europe 2011 à Heerde (Pays-Bas)
avec Ewen Fernandez (à gauche) et Yann Guyader (au centre)

On doit aussi passer par des moments plus éprouvants, non ?

Dans ma carrière, j’ai eu la chance de ne pas me blesser ou en tout cas rien de grave. En revanche, j’ai subi une très grosse contre-performance en 2012 en Italie alors que je m’étais très bien préparé. J’étais venu à ce championnat du monde dans l’espoir de rapporter des médailles, avec une préparation sur place plus tôt afin d’avoir la piste dans les jambes et de faire les tests de roue nécessaires. Malgré l’investissement préparatoire, la semaine de championnat a été très difficile sur le point psychologique. A chaque course, je n’étais pas au rendez-vous (13ème place aux chronos, éliminations précoces aux 500m). Aujourd’hui, c’est une contre-performance que je ne m’explique pas mais qui a été très douloureuse. Je m’étais préparé du mieux possible pour mettre toutes les chances de mon côté, mais rien à faire, les jambes ne répondaient pas. J’ai cru que ce championnat serait le dernier. Je crois que personne ne m’avait vu dans ce genre d’état. Mais avec le soutien de mes proches et de la fédération, j’ai réussi à me relancer et à faire d’autres bons résultats.

Quand est-ce qu’on décide que voilà, c’est fini ?

Pour ma part, j’avais décidé d’arrêter un an plutôt, mais comme je l’ai dit plus haut dans l’interview, j’ai décidé de continuer pour mon ami en accord avec ma petite amie et ma coach. Après, j’ai aussi pris cette décision puisque la conciliation entre ma vie sportive, professionnelle et personnelle se complexifiait. La période hivernale devenait de plus en plus compliquée à gérer car après le travail, il fallait faire ma séance d’entraînement. De plus, je crois que la fatigue mentale était de plus en plus pesante, donc je me suis dit qu’il fallait arrêter. J’aime toujours me faire mal aux entraînements, mais ce qui est dur quand on prépare les championnats du monde c’est qu’il faut s’entraîner une année et pas seulement trois mois. Il y a quelques années, j’en avais discuté avec Julien Despaux lors d’un championnat d’Europe à Heerde : il m’avait dit qu’une retraite se préparait. Il faut y penser minimum un an avant afin que cela soit le moins dur possible. C’est ce que j’ai fait et je pense que ça m’a permis de profiter à fond de cette dernière saison.

On ne peut pas s’empêcher de penser qu’un jour peut-être, tu mettras toute ton expérience au service de la cause du roller…

Je vais rester dans le monde du roller pendant encore quelques années car je vais participer cette année à des courses d’endurances avec le soutien de mon club, le MRS, et mon sponsor EO SKATES. Cette année, l’objectif est de faire une belle performance aux 24H du Mans et de gagner quelques courses de 6H et 12H. Après, si demain un club vient vers moi et a besoin de mes services pour les entraînements, c’est avec plaisir que je serai là pour encadrer et faire profiter les jeunes ou les moins jeunes de mon expérience. Aujourd’hui, ce que je peux dire, c’est que je tourne la page du haut niveau car il faut être assidu et mettre tout en œuvre pour réussir. Je n’aime pas faire les choses qu’à moitié.

« Arrêter le sport, ce n’est pas ce que je veux ! »

En attendant, on imagine que tu ne vas pas arrêter de faire du sport complètement, n’est-ce pas ?

Non, je crois que je ne peux pas arrêter le sport du jour au lendemain et ce n’est pas ce que je veux. J’ai décidé de mettre fin à ma carrière surtout pour les contraintes qui en découlaient. Je veux aujourd’hui faire du sport pour le plaisir et me lancer vers d’autres objectifs. Comme je l’ai dit, je prépare les courses d’endurance, mais surtout je me suis mis à la course à pied. Je prépare un semi-marathon avec un ami donc il faut continuer a ce faire mal ! Après ce semi-marathon, je vais mettre mes rollers pour garder la ligne, mais sans me mettre sur la paille comme avant mes gros objectifs.

Je profite de cette interview pour remercier ma famille, mon amie, ma coach, mes amis, mes collègues, mon club (le MRS) et toutes les personnes que j’ai pu oublier. Sans le soutien de toutes ces personnes, cela aurait peut-être été impossible. Je remercie aussi tout mes amis de l’équipe de France pour les superbes moments passés ensemble (surtout Ewen, qui m’a supporté pendant 10 ans en tant que camarade de chambre). Ce sport m’a permis de connaître des gens qui maintenant sont devenus des amis et je souhaite à tout ceux qui le souhaitent de pouvoir vivre des grands championnats comme j’ai pu le faire. Je finierai pas remercier la fédération pour l’aide qu’elle m’a accordée lors de mes trois dernières saisons pour me libérer du temps afin de bien me préparer.

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Sur la plus haute marche encore
Avec Ewen Fernandez (à gauche) et José Mallagon (à droite)

Et bien merci Nicolas pour l’ensemble de ta carrière, et bon vent pour la suite !

L’hommage d’Ewen Fernandez

 » Nicolas est un vrai ami, un fidèle compagnon. On se connait depuis l’enfance. J’ai partagé beaucoup d’aventures sportives avec lui, dont notre premier titre de champion du monde par équipe en 2005 et récemment un nouveau titre en Argentine pour finir sur une belle note sa carrière de sportif de haut niveau.

Nicolas à toujours été un beau sportif, courageux, humble et déterminé ! Il a le mérite d’avoir réussi à combiner vie sportive, personnelle et professionnelle. Son soutien et tous nos moments de complicités sur les courses vont me manquer.

Je lui souhaite beaucoup de bonheur pour la suite ! Mais on n’est pas prêt de se quitter ! En effet, on se retrouve bientôt sur les roller pour les 24H du Mans : à noter qu’on sera dans la même équipe…  »

L’hommage d’Alexis Contin

 » Nicolas est l’un des patineurs les plus talentueux que j’ai eu la chance de côtoyer en équipe de France. Sa technique toujours précise laisse rêveur et c’est un grand sprinter français qui se retire. Il fut le ciment de ce relais doré et bâtisseur de son plus grand succès planétaire l’été dernier à Rosario. J’ai rarement vu une telle joie et une telle plénitude après une victoire : le voir atteindre son rêve comme cela, c’est touchant ! Merci à lui de nous avoir fait vibrer et plus personnellement pour les séances de préparation à Rennes. « 

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