Le phénomène « Soy Luna » a créé un afflux sans précédent dans les clubs de roller. La capacité d’accueil des structures est mise à rude épreuve par cette nouvelle demande à laquelle il faut répondre au mieux. Des ligues et des associations ont mis en place des solutions que nous vous faisons découvrir ici…

Entretien avec Stéphanie Claud (Ligue Ile-de-France de Roller Sports)

Comment avez-vous eu vent de la série Soy Luna ?

En Ile-de-France, beaucoup de clubs de patinage artistique ont connu une forte demande, avant même le forum des associations de rentrée. Ils ont dû faire des listes d’attente. C’est là que nous avons découvert la série.

Quelles solutions avez-vous mis en œuvre pour répondre à cette nouvelle demande ?

En parallèle de mon poste à la ligue IDF, je gère l’EPAM, le plus gros club d’artistique de la région (plus de 400 licenciés). Pour financer nos activités et pérenniser les emplois, le club mettait déjà en place de petits stages sur une journée où on faisait venir des enfants. Le contenu a été adapté. Cela change des entraînements habituels et les gens sont prêts à payer. La mise en place est assez facile, ça prend peu de temps.

Comment avez-vous fait la promotion de ce premier stage lié à la demande sur Soy Luna ?

Dans un premier temps, nous avons seulement contacté les clubs d’artistique locaux en leur demandant d’informer les personnes en liste d’attente du lancement de ce premier stage.

A quel moment a été organisé ce premier stage ?

Le premier a eu lieu le jeudi 20 octobre 2016, sur une journée, de 10h00 à 16h00. Il a regroupé sans trop de publicité 13 enfants dont 5 non licenciés. Le lendemain, a été organisé un second stage sur une demi-journée pour tester un autre format. On a eu 10 enfants dont 2 non licenciés.

Quel est le contenu pédagogique des stages ?

Sur la journée les enfants arrivent, on leur fait faire un échauffement en basket, sous forme ludique (30 min). Ils chaussent les rollers en ligne ou quads, peu importe. On fait une heure d’initiation roller avec slalom, citrons, passer sous une barre, patiner accroupi, etc.
Ensuite, on leur montre des vidéos de la série (ex : l’actrice qui fait la toupie, le petit aigle). On fait le lien entre la série et l’activité. Le reste de la matinée, on apprend une chorégraphie simple qu’on montre le soir aux parents. Ils la font vraiment ensemble, pour faire de l’effet.
Puis ils mangent le midi.
En début d’après midi, les enfants montent la petite chorégraphie qu’ils présentent. Ensuite, on fait un peu d’expression corporelle, de repères dans l’espace, pour ne pas faire que du roller dans la journée. Visage content/triste, Mimer un animal, travailler en miroir, la poupée molle pour travailler le côté artistique et l’expression.
Enfin, on rechausse les patins et le travail de chorégraphie à montrer aux parents. L’important est qu’elles s’amusent, qu’elles soient entre elles. De toute façon on a fait évoluer le planning petit à petit sur les stages et rien n’est figé.

Quelle est la cible de ces stages ?

On essaie de toucher des non licenciées dans la tranche d’âge des 8 à 12 ans. On peut aussi descendre plus bas car la plus jeune avait 6 ans.

Comment transposer l’expérience ?

Il faut une surface d’évolution plane: un gymnase est un plus pour le confort, mais on peut imaginer une salle de danse ou bien une cours d’école s’il fait beau. Connaître un minimum la série peut aider mais n’est pas indispensable. Il faut savoir faire du roller bien évidemment. La roller dance est un plus mais même sans expérience on peut rapidement apprendre à monter des chorégraphies simples et amusantes. Pour moi, tous les clubs peuvent le faire.

Est-ce que vous accueillez des formateurs ?

Oui la fédération nous a proposé d’ouvrir nos stages à d’autre ligues dans le but de diffuser ces compétences dans toute la France. Du coup, on accueille à la fois les enfants et en même temps des référents régionaux chargés ensuite de diffuser dans leur région auprès de leurs clubs. En décembre, nous avons reçu les ligues de Normandie, des Haut-de-France, et AURA. Normalement un autre stage accueillant des formateurs devrait avoir lieu pendant les vacances de février.

Combien ça coûte aux participants ?

L’objectif de ces stages est avant tout de répondre à une attente forte de qualité de pratique: il ne s’agit pas seulement d’apprendre le roller mais surtout de prolonger l’expérience de la série dans le réel. C’est pourquoi la qualité d’encadrement doit être privilégiée: pour l’instant, on reste à une quinzaine d’enfants maximum pour assurer cette qualité. On ne veut pas monter à plus de 20 à 25 enfants à l’avenir. Pour assurer les frais inhérents à la coordination des réservations de site, d’inscriptions, de communication, de déplacement et d’encadrement, le tarif est fixé à 45 € la journée.

Bien sûr, nous prévoyons des promotions pour les participants qui font plusieurs stages. On réfléchit aussi à une remise pour amener des copines non licenciées. Et pour valoriser la participation, on donne un diplôme et un petit badge aux filles, pour qu’elles le mettent à l’école, sur leur trousse. Elle repartent avec quelque chose qui fait de la publicité pour les stages. 

Qu’est-ce que tu dirais aux clubs qui hésitent à se lancer ?

Cela permet aux clubs de se faire connaître auprès d’un public qui ne les connait pas et de fidéliser des enfants. C’est une dynamique pour le club, ça ouvre aux non licenciés et ça peut amener du ludique dans les écoles de patinage. Je crois vraiment que tous les clubs, quelle que soit leur discipline, peuvent développer cette compétence petit à petit même s’il est vrai qu’on pense d’abord aux clubs de roller artistique. Pas besoin d’avoir une spécialisation en artistique non plus pour peu qu’on sache danser un peu et se débrouiller sur les rollers. Sur Internet on peut trouver des vidéos des chorégraphies de la série. Ça donne des idées sur les mouvements, on peut les utiliser en cours.  

C’est aussi une vitrine pour la mairie. J’ai pu obtenir des créneaux supplémentaires auprès de la mairie, ça marche auprès des institutionnels.

Cela a un impact indirect sur les parents aussi. Une maman s’est motivée à créer un club de roller dans sa ville tellement sa fille est fan, cela développe la fédération et la ligue.

Le souci en Île de France c’est que les clubs actuels ne peuvent pas accueillir plus dans leurs créneaux ou manquent d’encadrement. Il faudrait donc ouvrir de nouveaux clubs ou de nouveaux espaces de pratique. Comment? Par exemple en s’appuyant sur les comités départementaux: chacun ouvrirait un club et le gèrerait pour 1, 2 ou 3 ans. Le CDRS s’appuierait ensuite sur quelques parents motivés pour pérenniser le club. Il faut aussi imaginer exporter nos pratiques en extérieur, sur des places, sous des halles ou dans des salles de danse, des discothèques: aujourd’hui les roller dancers parisiens nous assurent qu’ils font tout pour sortir des gymnases, pas assez esthétiques à leur goût. En aparté, la discipline artistique aurait d’ailleurs intérêt à se rapprocher elle aussi du mouvement Roller Dance et Soy Luna. Cela lui permettrait d’attirer un public nouveau et plus facile à accueillir puisqu’il ne souhaite pas forcément pratiquer en gymnase ni faire de la compétition.

Dans la série, il y a de la danse, des paillettes. Il faut vraiment une nouvelle offre. A voir si on arrivera encore à augmenter les effectifs l’année prochaine. Tout l’enjeu est là: trouver de nouveaux créneaux, sortir des gymnases, encourager la création de clubs, former des gens motivés pour dépasser nos limites actuelles.