« Je cherche à donner l’envie de pratiquer le roller ! »

interview_coach_celine_laporte_01Ce sont les femmes et les hommes de l’ombre, sans qui les performances des champions qu’ils suivent seraient certainement moindres. Elles et ils sont là pour guider, conseiller, encourager, faire progresser et apporter le petit plus qui fera la différence… Céline Laporte s’occupe du Mouilleron Roller Sport, le club de Mouilleron-le-Captif (Vendée). Elle a notamment mené Mathieu Guilbert jusqu’à la sélection en équipe de France Junior A cette année, avec le succès que l’on connait. Dans cette interview, elle nous parle de la première partie de la saison 2015, du suivi de ses athlètes ainsi que des mois qui viennent.

Bonjour Céline ! On peut considérer que la saison 2015 en est à ses deux tiers, mais il reste encore quelques objectifs importants dans les mois qui viennent. Aujourd’hui, quel bilan tires-tu de cette saison pour tes patineurs ?

Pour une partie du MRS, la saison s’est terminée à la fin du championnat de France piste. Pour cette partie du groupe, les objectifs ont plus ou moins été atteints. En fonction du niveau de chacun, l’objectif était différent (finale au championnat, top 10, course dans le peloton…). Le travail fourni cette saison leur a permis d’atteindre ces objectifs. Certains facteurs comme le parcours scolaire, le stress de la compétition… font que pour certains, cela a été plus difficile. Il reste un patineur du club, Mathieu Guilbert, qui lui n’a pas fini sa saison. Il a prouvé cette année qu’il pouvait revenir au plus haut niveau : son assiduité à l’entraînement a porté ses fruits, même si je pense qu’il ne travaille qu’à 85 % de ses capacités. L’objectif était avant tout qu’il reprenne plaisir à rouler et ensuite qu’il revienne petit à petit dans le top niveau. Au vu de ses résultats, il a prouvé qu’il était meilleur d’événements en événements. Maintenant, pour lui, l’objectif fixé est qu’il participe au championnat du monde dans 3 mois.

Quels sont tes motifs de satisfactions personnels sur cette première grosse partie de saison ?

Pour cette saison, je suis très heureuse d’avoir pu permettre au club d’augmenter son nombre de licenciés, notamment chez les 5-6 ans. Dans une commune où il y a deux clubs et où on nous met des bâtons dans les roues à chaque occasion, c’est un vrai challenge chaque jour ! Mais mon plus grand plaisir, c’est de voir les jeunes super motivés à chaque séance, les entendre râler quand on leur annonce le programme et les voir progresser au fil de la saison. Dans un tout autre registre – quoique -, j’ai voulu consacrer de mon énergie au sein du club au niveau des courses d’endurance : depuis deux ans, le MRS est présent sur ces manifestations, et j’ai voulu que nous nous y engagions car cela permet aux jeunes et aux adultes qui commencent tard le roller de trouver du plaisir dans ces compétitions. Cela a permis à de jeunes retraités comme Nicolas Pelloquin de continuer le roller. Cette année, d’anciens champions comme Julien Despaux, Justine Halbout ou Nicolas donc ont roulé sous nos couleurs. On est présent sur beaucoup de courses d’endurance (les 24h Roller du Mans, les 6h Roller de Paris…) et cela grâce à nos partenaires (Cougbaud, Véranda Rideau, mais surtout EO Skate).

« On ne peut que s’améliorer ! »

Est-ce que tu vois des choses à améliorer ou à changer d’ici à la fin de la saison ?

Ou là là… on ne peut que s’améliorer ! Au niveau des entraînements, j’ai plein de nouvelles idées. Le fait de pouvoir voir les courses (3 Pistes, championnat d’Europe…) sur un écran permet de voir pleins de choses que l’on ne voit pas lorsque l’on est autour de la piste. Donc pour Mathieu, il aura trois mois ou ça va être du travail bien ciblé et pour les autres, ça sera un peu moins intensif mais l’entraînement sera sur la même base.

A titre personnel, cela fait combien de temps que tu entraînes des patineurs et comment est venue cette vocation ?

J’ai commencé à entraîner à 18 ans, une fois par semaine, les petits de mon ancien club. Ensuite, pour des raisons familiales et de santé, mon entraîneur ne pouvait plus entraîner le club : j’ai donc petit à petit dû le remplacer. Lorsque j’ai moi-même arrêté la compétition, je me suis consacrée entièrement à l’entraînement du club. J’ai d’abord passé mon BIF à mes tous débuts, ensuite j’ai fait deux ans de STAPS : c’était avant tout pour atteindre mes objectifs personnels au niveau roller, mais aujourd’hui ça me sert beaucoup pour les entraînements du club. Dernièrement, j’ai passé mon BEF. Et pour finir, je passe mon CQP en VAE cette année. Globalement, je dirais que je cherche à m’améliorer et à comprendre comment former des champions, mais je cherche surtout à donner l’envie de pratiquer ce sport.

« 24h dans une journée, ce n’est pas assez quand on entraîne ! »

On a tendance à ne voir que les aspects positifs de la « fonction » d’entraîneur, à savoir les victoires et les podiums. On oublie parfois que c’est un travail de fond…

Certains ne sont pas conscients du temps qu’un entraîneur passe pour eux. Il ne s’agit pas seulement d’une heure par-ci, par-là… Je passe six heures minimum sur les entraînements du club. Lorsqu’à cela, on rajoute les trois heures d’activité roller dans les écoles pour recruter des enfants, les 15 messages par jour des patineurs/parents, la préparation des séances, les entraînements en plus de certains patineurs… 24h dans une journée, ce n’est pas assez, car il y a en plus les enfants, la maison et le travail à gérer ! La fin de saison 2014 a été difficile pour moi. Le fait qu’un athlète comme Mathieu arrête sa saison sans explications, alors que ça faisait des années que je l’entraînais, ça a été beaucoup de remises en questions, beaucoup d’incertitudes sur le fait de continuer à entraîner. Mais les moments les plus bas comme celui-ci permettent d’avancer, de progresser et de voir son investissement auprès d’un athlète différemment. Quoiqu’il en soit, j’aime entraîner et je suis consciente de l’importance que l’on peut avoir pour certains patineurs. Il faut les rassurer à chaque événement important, leur remonter le moral quand ça ne va pas (comme par exemple avec Mathieu au championnat d’Europe). Même si je suis parfois aussi mal qu’eux, l’objectif est toujours de faire qu’ils soient bien dans leur tête. C’est tout cet ensemble qui me motive à continuer de me donner pour eux.

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Mathieu Guilbert (à droite sur la photo), champion d’Europe 2015 par équipe avec Timothy Loubineaud et Quentin Giraudeau

Quels sont les athlètes les plus « faciles » à coacher ? Et les plus « difficiles » ?

Les plus difficiles restent les filles. Les 14-18ans, c’est un manque de confiance permanent, même à l’entraînement, encore plus quand elles atteignent un très bon niveau. Mais je reste persuadée que les plus durs à coacher restent les parents. Les plus faciles sont peut-être ceux qui reconnaissent le travail de l’entraîneur, ils restent rares…

Quels sont les objectifs ou les rêves qu’il te reste à accomplir dans ta carrière d’entraîneur ?

Mon objectif serait de trouver les 2-3 futurs champions de demain. J’aimerais aussi qu’un jeune puisse reprendre l’entraînement des jeunes débutants du club. Mes rêves sont d’avoir un athlète en équipe de France dans chaque catégorie et que le roller devienne comme le foot ou l’athlétisme, un sport pratiqué dans toutes les écoles à tous les âges.

Qui sont tes meilleurs soutiens ?

Le MRS bien évidemment, les membres de ma famille qui, les pauvres, subissent ma passion toute l’année et qui subissent mon stress et ma mauvaise humeur lors des gros événements, et surtout les athlètes eux-mêmes car sans leur bonne humeur et leur envie, je n’aurais pas l’envie de me donner à 100 % !

Quel message voudrais-tu leur faire passer pour conclure ?

Je remercie Sébastien Darnal qui m’aide depuis deux ans au MRS. Je remercie Mathieu Guilbert d’être revenu cette saison avec beaucoup de motivation et surtout l’envie de s’investir au niveau des plus jeunes. Je remercie Nicolas Pelloquin et ses parents pour leur soutien et ce qu’ils apportent au club, mais surtout je pense au soutien qu’ils apportent à mes parents pour continuer à se donner pour le roller. Une demande ? J’aimerais que la FFRS qui organise des week-ends entraîneurs (séminaires) les ouvre à tous, et pas seulement aux entraîneurs région ou club élite.

Merci Céline, et bonne chance pour la suite avec tes athlètes !

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Céline Laporte parmi les patineurs du MRS