Bonjour Nicolas, peux-tu nous raconter la course qui t’a permis de décrocher le titre ?

Cette compétition s’est déroulée sur 3 journées :

Le jeudi : reconnaissance du parcours uniquement à pied (je prends des informations sur le parcours)

Le vendredi : nouvelles prises d’information en roller

  • Je récupère des sensations et m’imprègne du circuit, repérage quant au freinage et étude de limites des trajectoires).
  • Analyse vidéo des premières reconnaissances et modification de certaines trajectoires et contrôles de vitesse.

Le samedi matin : nouvelle reconnaissance du parcours avec application du rectificatif selon l’analyse vidéo.

Le samedi après-midi, 4 phases :

1) Échauffement : Une descente de prise de sensation, pas de prise de risque, mise en confiance et automatisation des sensations requises pour les épreuves.

2) Première course : Au premier chrono, je fais le choix de garder les roues neuves de l’échauffement ce qui me permet d’avoir confiance en mon matériel.
Je m’élance face à un chrono avec ma programmation de trajectoire mémorisée. Après quelques virages amorcés positivement, la première difficulté (virage sans visibilité en sortie)
Je serre au maximum sur mon côté droit, mais en sortie de virage ma vitesse trop importante me projette contre les protections, je chute et me relève aussitôt pour poursuivre la course qui me permet d’arriver sans trop de retard (8ème temps).

3) 2ème course : Malgré la chute lors de ma première course, je suis toutefois qualifié pour la finale (30 meilleurs temps). Mon objectif est tout autre, je revois mes trajectoires différemment et je m’élance sur le parcours en étant libéré mentalement. Je réalise le meilleur chrono lors de cette épreuve (1er temps) ce qui me met en confiance pour la phase ultime.

4) finale : Juste avant le départ, le stress est grandement présent malgré tout ; il y a eu de l’attente en raison de différentes chutes retardant la finale. La météo s’est faite menaçante. J’ai fait le meilleur chrono aux épreuves qualificatives et il faut faire aussi bien voire mieux. Je décide d’augmenter le risque en prenant un jeu de roues neuves, tout juste déglacé pour pouvoir freiner en slide (roues neuves = meilleure accroche dans les virages mais risque de chute par blocage lors des freinages).
Sur la ligne de départ je fais le vide en pensant à la stratégie que j’ai mis en place (les trajectoires et lieux de freinage). Il faut que je fasse un départ propre et efficace.
Le top départ est donné, je prends mon inspiration et je m’élance en utilisant toute ma puissance. Sur mes dernières poussées de départ, juste avant de me mettre en schuss, je ressens une vive douleur dans l’intérieur de la cuisse gauche : je viens de me faire un claquage de l’adducteur ! Je n’arrive plus à pousser et je décide de me mettre en schuss sans perdre de temps. Je commence à penser que la course est finie et perdue… C’est dommage d’être venu jusque-là pour rien ! C’est la plus prestigieuse des courses jusqu’à présent. Je me dis : « seulement une minute de souffrance avec quelques points très douloureux », je décide de continuer la course en donnant tout ce que je peux. Si toutefois je chute, au moins j’aurais essayé sans regret.
Je suis ma trajectoire, et je finis par arriver à la première difficulté : un long virage droit sans visibilité de la sortie qui se termine avec un fort freinage juste avant une épingle gauche. Au premier chrono, j’ai chuté en voulant passer trop à la corde, donc j’élargis l’entrée du virage et je me prépare au freinage (et à la douleur). Tout se passe sans chute et cela me donne de l’espoir pour la suite. Après l’épingle je ne parviens pas à relancer autant que prévu. Je décide de prendre un peu plus à la corde le virage suivant faisant confiance à l’accroche de mes roues. Le virage se passe bien et les roues sont à leur limite d’adhérence. Je les sens légèrement glisser malgré leur très bonne adhérence. Le virage passé, je me remets en schuss et je reprends ma ligne.
Puis, jusqu’au dernier virage gauche, il est possible de ne pas freiner mais il faut bien calculer sa trajectoire car l’intérieur de l’avant-dernier virage (virage droite) arrive très fort et il faut passer très près, il n’y a pas de marge d’erreur !
Pour le dernier virage (90° gauche) je décide de déclencher mon freinage un peu plus tard que les fois précédentes, lors des entrainements j’avais de la marge et là j’avais des roues neuves (slide plus court). Je réussis à prendre le virage rapidement et directement après le slide.
Pour l’arrivée, je relance autant que je peux (très mollement) et je lance le bras car je ne peux pas faire un lancer de patin (contrairement à la course ce n’est pas le patin qui arrête le chrono mais n’importe quelle partie du corps).
La ligne d’arrivée franchie je me dis que je n’ai pas amélioré mon chrono mais je suis satisfait malgré le claquage. Cette impression va vite changer avec l’euphorie des amis qui arrivent vers moi. J’ai fait un meilleur chrono que précédemment battant les adversaires de quelques dixièmes de seconde, le titre est enfin pour moi !

Qu’est-ce que ton titre a changé dans ta vie ?

Mon titre n’a pas encore changé ma vie mais il apporte beaucoup de fierté à mes proches et moi-même. J’avais commencé à m’investir pleinement dans le roller et là j’ai des raisons de continuer.

Est-ce que ça t’a permis d’être approché par des sponsors ?

Je n’ai pas été approché par des sponsors pour l’instant, je prépare un dossier conséquent pour le présenter à mes futurs partenaires.

Quelle expérience retires-tu de ces premiers Roller Games ?

Je salue vivement la performance de mes amis, Emilie Sadoux et Sébastien Rastegar pour leur titre mondial respectif.
Ces premiers Roller Games furent une expérience incroyable ! Outre le fait de voyager à l’autre bout du monde et de découvrir des paysages et une culture différente, j’ai pu rencontrer et échanger avec différents pratiquants venant de toutes les régions du globe. On pouvait assister à d’autres disciplines et encourager notre équipe favorite (la France) en fonction des plannings. Le fait d’avoir regroupé toutes les disciplines du roller sur une si grande manifestation prouve que le roller est un sport multi-facette qui regroupe et uni, je ne serais pas surpris s’il devenait sport olympique.

Quelle est la photo qui illustre le mieux ta saison et pourquoi ?

C’est une photo qui montre le résultat du travail, de l’investissement et du partage.
Cette photo montre aussi que malgré la rivalité, il y a une bonne ambiance entre participants, l’amitié et le partage permettent de se motiver et de se surpasser.

Y-a-t-il un proverbe dans lequel tu te reconnais ?

Je n’ai pas de proverbe qui me viens à l’esprit, mais pour cette compétition j’ai une citation d’un film que tout le monde reconnaitra !
« Oublie que t’as aucune chance, vas-y fonce. On sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher ». (Jean-Claude Duss dans « Les bronzé font du ski »).

As-tu un gri-gri / un porte-bonheur ? Si oui, lequel ?

Je n’ai pas de gri-gri ou de porte bonheur, les superstitions ne font que détourner l’attention. J’avais pour ce championnat le numéro 13, ce qui ne présageait rien de bon… Si j’avais pensé à ça lors de la course, je n’aurais sûrement pas fait ce résultat !

Tes objectifs pour la saison à venir ?

Parmi mes objectifs pour la saison à venir, il y a :

  • Rechercher activement des sponsors
  • Participer à l’International RedBull Crashed Ice de Marseille en février 2018.
  • Me préparer pour le championnat du monde de descente 2018.
  • Décrocher un titre à l’International Béton on Fire 2018
  • Obtenir un nouveau titre aux prochains championnats du monde pendant les Roller Games à Barcelone en 2019.
  • Reprendre mon activité professionnelle dans la conception et la modélisation 3D.

Merci et bonne continuation !