C’est de la Folie… Celle où tu as vécu petit, dans un quartier qui n’était pas encore celui de la Défense, à côté de Paris. Celle qui t’a emportée, ce lundi d’avril, sans défense, dans ce même quartier. Celle qui t’animait, toi l’une des figures bienveillantes de notre sport. La folie douce te faisait rouler, toujours plus vite, toujours plus loin. Elle te poussait à te surpasser et à viser des objectifs encore plus hauts. Une autre folie t’a emporté, trop rapidement, trop injustement. Bonne route à toi, Elhadi.

On se rappellera de ton enfance, de ces conditions difficiles au sein de ce qu’on appelait « la Folie ». Elle t’a sans doute forgé ton caractère. Elle t’a inculqué l’idée que rien ne se gagnait facilement. Le sport a été ta porte d’entrée dans un monde de mouvements et d’actions. Tu as commencé par la natation, mais il faut croire que c’est sur terre, et non dans l’eau, que tu allais t’épanouir.

Le roller de vitesse s’appelait encore le patinage à roulettes et nous roulions sur des « quads » que tu étais déjà « toi », pleinement et entièrement. Un personnage ouvert, souriant, enthousiaste, qui portait alors le maillot en laine rouge et bleu du club du Rolling Penthièvre Lamballe. Tu allais vers les grands et vers les petits avec la même bienveillance. Déjà, tu soulevais autour de toi une douce folie quand tu allais rendre visite à ton père, toujours tiré à quatre épingles, alors que tu étais habillé d’un simple cuissard. C’était direct et naturel. On t’appréciait pour ça. Et tu n’as pas changé au fil de ces années.

Tu es devenu, plus tard, le père de deux grands champions, Mickaël et Nolan. Dans leur enfance, tu leur as inculqué le goût de notre sport et ils nous le rendent bien aujourd’hui. Comme Nolan, tu as porté les couleurs de l’équipe de France : c’était sur les circuits des championnats d’Europe et des championnats du monde Master. Avec toi, pas de calcul, mais cette belle folie qui te poussait à l’attaque, jusqu’à cette échappée fantastique sur le circuit de Dijon en 2013 qui a failli se conclure par un maillot arc-en-ciel.

Altruiste, tu l’étais aussi. Habile de tes mains et intuitif, tu massais les muscles comme tu cuisinais les gâteaux, avec les bons ingrédients. Tu rendais également aux enfants, par exemple à ceux du club de roller de Nanterre, qui doivent se sentir orphelins aujourd’hui.

Elhadi, nous garderons en nous cette force que tu dégageais. Nous nous souviendrons forcément de ton sourire, de ton caractère, de ta bonté et de ta bienveillance. Ils nous accompagneront dans nos jours gris et pluvieux. Il faut qu’on te dise bonne route maintenant. Pas celles que tu as écumées au volant de ton camion sans relâche. Pas celles que tu as sillonnées rollers aux pieds sans fatigue. Celle que tu vas emprunter tout seul, mais avec notre regard ému et un peu triste en soutien.

Nous pensons avec émotion à ta famille qui t’a veillé ces deux derniers mois, à tes trois garçons, à tes petits-enfants et à toute ta famille du roller. Tu es un peu des nôtres, nous sommes de tout cœur avec toi pour ce dernier marathon.

Bonne route, Elhadi.