Les derniers championnats d’Europe à Geisingen ont été un cru exceptionnel pour les équipes de France. L’occasion pour les responsables des Juniors B (Pascal Briand), des Juniors A (Matthieu Boher) et des Seniors (Arnaud Gicquel) de faire le point… et d’envisager la suite de la saison !

Quel bilan faites-vous des équipes de France à l’issue du championnat d’Europe de Geisingen ?

Pascal_Briand_CoursePascal Briand – En ce qui concerne les Juniors B, je suis satisfait de la prestation de l’équipe. Chez les filles, notre niveau se situe globalement entre la 4ème et la 8ème place. L’objectif était de ne surtout pas baisser les bras et de maintenir notre niveau sur la semaine afin de gratter des podiums sur route. Les filles, malgré quelques déceptions, ont répondu présentes sur la combativité et ont donc réussi à prendre un titre et une médaille sur route : je leur tire mon chapeau. En sprint, on n’est pas loin de la vérité, mais nos lacunes sur les départs sont encore trop présentes. Chez les garçons, l’équipe a réussi à éloigner ses démons : ils sont parvenus à construire une belle équipe avec le sens du sacrifice. A ce niveau, c’est indispensable pour réussir. Depuis la Hongrie en 2012 et Gesingen en 2013, la différence est que les individualités travaillent en équipe. On a donc presque fait un sans-faute : trois victoires sur les fonds et les deux relais. En vitesse, on gratte quelques belles médailles, mais là aussi il faudra progresser sur les 100 premiers mètres pour espérer décrocher un peu plus d’or !

Matthieu Boher – Les résultats de l’équipe de France ont été très satisfaisants. Pour les Juniors A, les 6 médailles d’or obtenues sont au-dessus de nos objectifs de départ. Nous savions que la concurrence européenne cette année était très relevée. Des pointures comme Simon Albrecht, Daniel Niero, Stefano Mareschi ou encore Sandrine Tas seront très proches des titres mondiaux à Rosario. Les battre lors des championnats d’Europe est donc une très belle performance.

Arnaud Gicquel – Cette année 2014 a été un bon cru en termes de résultats pour l’équipe de France Sénior hommes et femmes. En effet, nous avons rapporté 4 médailles d’or, 4 d’argent et 5 de bronze, soit un total de 13 médailles. Ces résultats nous placent première nation chez les hommes au classement par points. Chez les femmes, si nous avons obtenu de bons résultats sur le fond, il faut noter notre « déficit » de sprinteuses médaillables. Nos « têtes d’affiches » n’ont pas déçu lors de ce championnat d’Europe, mais il est important de se reconcentrer rapidement sur les prochains objectifs que seront les championnats du monde au mois de novembre.

Comment qualifieriez-vous l’état d’esprit de la sélection ?

 PB – La sélection des Juniors B a développé son identité : ils se sont même baptisés les FORTUS. C’est sous ce nom qu’ils ont rassemblé leur force au service du collectif. Je peux vous dire que je suis très heureux d’entendre des athlètes qui se disent des « je t’aime » après une course pour se remercier du travail fait les uns pour les autres. Je suis d’autant plus ravi quand je vois tous les patineurs de l’équipe venir faire la fête à ceux qui décrochent un titre ou une médaille directement après la course : c’est le genre d moment que l’on souhaite vivre et qui font qu’une équipe devient une équipe. Ils partagent les émotions et la victoire de l’un devient la victoire de l’ensemble des équipes de France.

MB – L’état d’esprit est très positif. Que ce soit l’envie de gagner mais aussi d’aider son leader à gagner, tout y était pour réussir un bon championnat. La joie de l’équipe lorsqu’un(e) patineur (se) remportait l’or faisait plaisir à voir et permet une dynamique intéressante pour la suite du championnat.

 Arnaud_Gicquel_courseAG – L’état d’esprit des patineurs et patineuses a été bon. Nous avons vu des athlètes conquérants qui ont su être acteurs de leurs courses pour aller chercher des médailles. A noter également leur bonne capacité à se reconcentrer après des déceptions durant un championnat qui s’avère toujours très long. Je tiens également à souligner leur professionnalisme dans l’approche et la préparation des courses.

La France se classe deuxième nation européenne à l’issue de ce championnat d’Europe : la première place est-elle accessible ?

PB – Ce championnat ressemblait plus à ce que l’on voyait à mon époque : un duel France-Italie… On a encore du boulot. On ne peut pas se contenter d’être deuxième… On doit être exigeant dans le sport de haut-niveau ! Nous devons donc tous ensemble nous aider pour progresser et venir prendre cette première place européenne. Pour cela, nous devons, je pense, corriger nos lacunes en sprint chez les jeunes. Je me répète, mais si on ne fait pas de progrès sur les départs arrêtés, on ne pourra pas avoir cette première place.

MB – Nous pouvons lire les statistiques comme on le souhaite. Les Italiens sont peut-être la première nation, mais je vois plus d’avenir dans la sélection française. Les athlètes progressent et ont compris que le sport de haut-niveau demande beaucoup d’investissement, de rigueur et de motivation. Les résultats de l’Equipe de France sont beaucoup plus homogènes. Les Juniors B, les Juniors A et les Seniors ont été performants (filles et garçons). Les Italiens brillent par quelques individualités, mais ils ont des gros trous de générations.

AG – Nous avons repris notre place derrière les Italiens et c’est une bonne chose. Derrière, la concurrence est rude, avec notamment l’Allemagne qui est en plein essor ces dernières années. Après, pour la première place, c’est possible et c’est d’ailleurs déjà le cas chez les hommes : pour cela, il nous faut garder nos champions et en faire émerger d’autres.

En quoi ces résultats s’inscrivent-ils dans un projet de développement du roller français sur la scène internationale à moyen terme ?

PB – Les résultats sont obtenus pour de nombreuses raisons. Il y a d’abord une superbe génération d’athlètes qui s’entraînent grâce aux clubs et aux structures du haut-niveau en France. Je pense aussi que les ajustements des programmes de compétition ont eu un impact sur les résultats. En ce qui concerne les Juniors B, la détection avec le système des équipes régionales permet de créer des situations d’équipes intéressantes. Les régions ont fait un effort intéressant pour créer des équipes régionales et je peux observer en équipe de France que les patineurs ont plus de réflexes d’équipes : l’objectif est atteint. Il faudra insister dans ce sens. Au niveau international, les patineurs français ont pris le rythme des Europa Cup : c’est une étape importante pour nos meilleurs patineurs que de rencontrer les autres européens pour jauger le niveau d’exigence.

Matthieu_Boher_CourseMB – Nous essayons d’avoir un projet sur du long terme avec tout le staff actuel, de la formation du jeune patineur à l’athlète Senior confirmé. Nous travaillons sur une vision partagée et je pense que le projet commence à porter ses fruits. Nous avons de plus en plus d’entraîneurs et de clubs de haut-niveau. Les athlètes dans les clubs sont bien suivis et nous avons aussi des possibilités de sports-études avec 2 Pôles espoirs (Dijon et Saint-Brieuc) et 2 Pôles France (Nantes et Bordeaux). Il y a des solutions pour chaque athlète dès l’instant qu’il est motivé. Cette « formation » française est un gros plus que nos voisins nous envient. Nous sommes conscients que la clef se situe dans les clubs et nous essayons de travailler en ce sens. Un athlète Minime doit avoir de bons acquis car tout défaut sera difficile à corriger par la suite.

AG – L’objectif de la saison reste les championnats du monde. Nous n’avons pas basé nos entraînements pour un pic de forme aux Europes. Gageons maintenant que notre préparation sera optimum pour les prochains mondiaux. Pour cela, il faudra composer avec des facteurs que nous ne maitrisons pas, comme par exemple les caprices de la météo de l’automne sous nos latitudes.